Bayrou et Royal, une guéguerre utile... à Sarkozy!

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

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Jeudi 29 Novembre 2007 - 22:58 - Philippe Cohen et Anna Borrel

Retour sur la polémique naissante entre les deux candidats, qui dessert leur combat et désole l'opposition toute entière.

Il y a des fois où l'on regrette tout autant d'être journaliste que d'être dans l'opposition à Nicolas Sarkozy. Reprenons l'affaire depuis le début, et efforçons-nous de nous faire comprendre, l'histoire est exemplaire à la fois du fonctionnement médiatique et de la logique actuelle des oppositions à Nicolas Sarkozy. Mardi 28 novembre donc, nous prenons connaissance d'une information, publiée sur le site nonfiction.com, qui traite de l'actualité du livre, d'une information selon laquelle Ségolène Royal aurait écrit dans son ouvrage, qui paraîtra le 3 décembre aux éditions Grasset, qu'elle avait proposé de visu à François Bayrou de le nommer Premier ministre si elle gagnait l'élection présidentielle, avant de lui demander l'autorisation d'annoncer publiquement cette décision lors de son duel télévisé avec le leader centriste. François Bayrou, aurait écrit Ségolène Royal, a refusé, ce qui, selon elle, ne l'a pas aidé à triompher de son adversaire de l'UMP.

Sitôt pris connaissance de cet éclairage nouveau sur la séquence de l'entre-deux-tours présidentiel, nous faisons réagir François Bayrou qui ne dément pas l'information tout en lui donnant, bien entendu, une autre interprétation que celle de l'ex-candidate du PS.

Quelque temps plus tard, un article de Rue 89 annonce que le leader du Modem dément l'information de Ségolène Royal : non, celle-ci ne lui a jamais proposé Matignon.

Nous maintenons pour notre part notre restitution de la réaction de Bayrou, dont les propos ont été scrupuleusement retranscrits. Mais pour clarifier la situation, nous lui avons proposé une interview assez longue dans laquelle il pourrait s'exprimer sur cette affaire et sur d'autres sujets. Le leader du Modem accepte en nous proposant de lui téléphoner afin de trouver un moment de libre dans une journée, qui, à deux jours du congrès du Modem, est forcément bien remplie. Apparemment, François Bayrou n'a pas eu de moment libre, et les lecteurs de Marianne2.fr ne seront donc pas éclairés sur les propos contradictoires tenus sur deux sites d'informations. Pendant ce temps-là l'entourage de Ségolène Royal confirme l'information : elle a écrit avoir effectivement proposé au candidat de l'UDF de devenir son Premier ministre, espérant qu'une annonce de cette nomination convaincrait ses électeurs de reporter leurs suffrages sur elle au second tour.

Un scoop pour nuire à Bayrou ?
Que penser de cette histoire ? Difficile de savoir, sauf à se lancer dans une investigation quasi-policière, laquelle des deux versions, celle de Ségolène Royal ou celle de François Bayrou, est la vraie. Mais nous sommes sûrs d'une chose : ce n'est pas ainsi que les opposants à Nicolas Sarkozy marqueront des points contre lui.

Le «scoop» de Royal semble davantage tricoté dans l'objectif de nuire à Bayrou que dans le souci de la vérité historique, qui pouvait bien attendre. L'ex-candidate socialiste sous-entend ainsi que Bayrou aurait une part de responsabilité dans son échec. Elle gêne, de toute évidence, sa stratégie d'indépendance en laissant entendre que le leader du Modem aurait accepté, sans la rendre publique, la perspective de devenir son Premier ministre. A quelques jours du congrès de création du Modem, c'est une pierre de dans le jardin de Bayrou. D'où, sans doute, les ambiguïtés de ses réponses : comment continuer à affirmer sa liberté et son refus des deux blocs s'il s'avère qu'il avait accepté de discuter avec celui de la gauche, dont il avait étrillé le programme durant toute la campagne ?

Divergences de mémoire
Mais cette affaire illustre surtout la principale carence de l'opposition, du Modem comme celle du PS : son horloge est restée arrêtée au 6 mai 2007. Depuis lors, le nouveau Président mène une politique néfaste, dresse les Français les uns contre les autres, qu'il s'agisse des régimes spéciaux ou des banlieues. Depuis lors, il attire à lui nombre de personnalités de la gauche et du centre, dessinant le simulacre d'une réconciliation politique là où ne se joue que la comédie des intérêts personnels et des egos.

Les 69% d'électeurs qui n'ont pas voté Sarkozy au premier tour attendent autre chose de son opposition. De la menace de guerre en Iran aux franchises médicales en passant par la personnalisation outrancière du régime ou le référendum sur le Traité modifié, les thèmes qui pourraient rassembler le PS et le Modem, et bien d'autres républicains, sont nombreux. Au lieu de s'en emparer et de mener la contre-offensive, quitte à débattre de ce qui les sépare, les deux principaux challengers de Sarkozy nous offrent le spectacle navrant de leurs divergences de… mémoire. Au lieu de chercher ce qui les rassemble, chacun, Bayrou comme Royal, cherche à montrer que l'autre ne dispose d'aucun avenir politique. Au lieu de répondre aux questions des citoyens – le pouvoir d'achat, l'université, la sécurité, le logement – chacun cherche à se faire le porte-parole exclusif du vivier, qui va forcément grossir, des déçus et des victimes du sarkozysme. Au lieu de se battre ici et maintenant, chacun fait mine de se préparer à une longue campagne, comme si la démocratie n'était que résiduelle, cantonnée à une campagne tous les cinq ans.

Royal et Bayrou, vos électeurs méritent mieux qu'une bataille picrocholine dont il ne restera qu'un vainqueur : celui dont il ne faut pas prononcer le nom aujourd'hui. Et qui, avec de tels d'aversaires, n'a même plus besoin d'amis....
 

Publié dans REVUES DE PRESSE

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