ROGER KAROUDJI (UMP) : Le "Grand Paris" vaut-il bien un Sdrif ?

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

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On le sait, le long fleuve agité du projet de Sdrif est parvenu ce 15 octobre à l’ouverture de l’enquête publique, qui durera jusqu’au 8 décembre. Il faudra ensuite plusieurs mois avant que ses résultats soient utilisables dans le débat. Un débat particulièrement animé, qui oppose la Région rose aux bleus Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Aussi vif que soit le débat gauche-droite, c’est l’Etat qui aura le dernier mot, en acceptant ou non de transmettre le schéma au Conseil d’Etat pour validation. Rappelons que le Sdrif doit fixer les grandes orientations du développement économique et urbanistique de l’Ile-de-France à l’horizon 2030. En 2004, la Région avait décidé de réviser le Sdrif actuel, qui devait aller en principe jusqu’en 2015. Un dossier confié à Mireille Ferri, vice-présidente (Verts), qui bâtit un projet adopté par la Région le 15 février. Mais, dès son élection, le président de la République, relayé par son Premier Ministre, a vivement critiqué ce projet, inadapté selon eux à l’envergure de l’Ile-de-France et à la place qu’elle devrait occuper dans la compétition internationale.

On se souvient, le 26 juin, en inaugurant le nouveau terminal de l’aéroport de Roissy, N. Sarkozy a déploré l’absence de « cohésion » d’une région qui a des difficultés de croissance. L’avenir, selon lui, passe par l’idée du « Grande Paris » et par un nouveau chantier du Sdrif. François Fillon c’est donc empressé de sommer le Conseil Régional, présidé par Jean-Paul Huchon (PS), de suspendre la procédure en cours et revoir sa copie, dans le sens des souhaits de M. Sarkozy. Sous peine de stopper la transmission du texte au Conseil d’Etat. En septembre, le préfet de la région Pierre Mutz mettait son grain de sel en rappelant ses « fortes réserves ». Ce qui n’a pas empêché l’enquête publique de démarrer à la date fixée par M. Huchon.

Avancer le pion du « Grand Paris » tout en décriant le Sdrif

Les divergences gauche-droite et les diverses « réserves » des uns et des autres sur le fond du projet relèvent de « l’hypocrisie », affirme Jean-Paul Planchou, président du groupe PS au Conseil Régional. Tout cela cache « une bataille politique frontale » sur la question des inégalités territoriales et sociales. L’entrée du mythique « Grand Paris » dans les débats a brouillé encore un peu plus les pistes. Le président de la République savait bien que les patrons socialistes de la capitale et de la Région sont divisés sur le sujet (M. Delanoë est pour, M. Huchon, contre). Il savait aussi qu’il serait plus difficile à terme de se débarrasser du premier que du second. En avançant le pion du « Grand Paris » tout en décriant le Sdrif, M. Sarkozy a donc misé autant sur la décrédibilisation de M. Huchon que sur la brouille qu’il pourrait faire naître entre lui et le maire de Paris.

Ce qu’il ignorait, c’est la capacité des deux élus PS de taire leurs divergences pour mieux faire front commun. Or, si la première réaction de M.Delanoë aux propos présidentiels a été quasi-enthousiaste, il s’est empressé de changer de ton, en déclarant notamment : « Faire sans la région, c’est l’échec assuré ». De son côté, Jean-Paul Huchon a accepté le principe d’une structure propre au cœur d’agglomération.

Tous deux politiciens aguerris, ils ont su lire et déjouer la stratégie de l’adversaire, stratégie d’ailleurs assez transparente.

Pour l’instant seulement. Car Monsieur Sarkozy pourrait bien renoncer aux finesses du jeu d’échecs en faveur d’un sport plus rude. En effet, le même Jean-Paul Planchou estime que « le pouvoir » est tenté d’aller à l’affrontement, en bloquant le Sdrif, pour pousser volontairement la région à une crise sans précédent de l’action publique. Dans cette hypothèse, l’enquête publique sur le Sdrif démarrée le 15 est appelée à jouer, elle aussi, un rôle sans précédent. Ses résultats pourraient en effet influencer les adversaires en présence dans le sens d’un compromis. La perspective des élections municipales et cantonales de 2008 pourrait faire office, elle aussi, de piqûre calmante. Allez, faut pas désespérer !

Par Tessa Ivascu

L’ECHO

18-10-2007

Publié dans REVUES DE PRESSE

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