Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

http://www.francedemocrate.info/spip.php?article344
13 décembre 2007

A force de recalculer les calculs politiciens, d’user les poncifs comme celui du "désert", les journalistes politiques risquent de manquer le coeur du Mouvement Démocrate : notre aspiration à un nouveau projet politique, à une nouvelle manière d’être ensemble dans les réalités de notre époque. C’est pourtant l’essence même de la politique ?
 

De nombreux journalistes politiques peinent à saisir la démarche de François Bayrou, son positionnement, et les attentes de ses milliers de nouveaux militants qui se sont reconnus dans cette démarche "centrale".

 

Au mieux les journalistes se montrent dubitatifs, au pire profondément conservateurs, condamnant par avance cette démarche en l’assimilant à une longue marche dans le "désert" (image tellement récurrente qu’on finit par s’interroger sur la capacité créative de certains) - parce qu’elle ne correspond pas au jeu habituel des forces en présence.

 

Ce conservatisme s’est exprimé de manière frappante dans la chronique politique de Patrick Jarreau, parue dans le Monde du 1er décembre sous le titre "Le désert ne tient pas toujours ses promesses". Il condamnait à l’avance à l’échec la démarche de François Bayrou, la comparant à celles du général de Gaulle et de François Mitterand, pour mieux en souligner l’inutilité.

 

Nous avons aussi entendu Eric Zemmour lors des émissions "Ça se dispute" (iTélé) et "On n’est pas couchés" (France 2) : selon lui, François Bayrou s’est trompé de stratégie, il aurait dû accepter l’offre de Ségolène Royal de devenir son Premier ministre (même s’il était en désaccord avec elle sur la nature de son programme), juste pour faire exploser le PS : la franche socio-démocrate l’aurait alors rejoint et la franche proche de la gauche radicale aurait fondé son propre parti. Cette opinion a d’ailleurs été aussi exprimée par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de l’hebdomadaire Marianne lors de l’émission "Ça se dispute".

 

Étant simple militante du MoDem, jusque récemment apolitique, ces scenarii me semblent théoriques et très éloignés de la démarche de François Bayrou et du MoDem.

 

D’un point de vue stratégique externe, comment peut-on envisager le scenario de l’explosion du PS dans la mesure où François Bayrou a toujours été présenté et catalogué comme un homme de droite par la gauche française ?

 

Les élus du PS n’auraient jamais pu le rejoindre, car ils n’auraient jamais pu justifier ce positionnement auprès de leurs électeurs après une campagne qui a opposé un projet politique de droite à un projet de gauche. D’autant que François Bayrou, n’ayant pas été élu président, n’aurait rien pu leur offrir comme garantie politique (contrairement aux postes que Nicolas Sarkozy, élu président, est en mesure d’offrir). De plus, qui nous dit que si ce scénario théorique avait eu lieu, ce ne serait pas Ségolène Royal qui en serait sortie renforcée, et non François Bayrou ?

 

D’un point de vue interne, si François Bayrou avait troqué si tôt une alliance de droite contre une alliance de gauche, il serait passé pour un opportuniste, aurait été complètement décrédibilisé, alors que sa démarche se voulait novatrice et indépendante.

 

Il n’aurait pu convaincre ces milliers de personnes qui ont rejoint son mouvement attirés par sa démarche sincère et cette promesse d’une autre façon de faire de la politique, il aurait perdu tout crédit auprès de ses électeurs de centre-droit, et n’aurait pu attirer les électeurs du PS, pas encore mûrs pour entendre son message d’ouverture… car sinon, ils auraient voté pour lui au premier tour de la présidentielle pour éviter l’élection de Nicolas Sarkozy. Or, depuis le début, François Bayrou veut se présenter comme une alternative aux deux options en place (PS et UMP) et comme un rassembleur, et il ne peut le faire que s’il reste, proprement dit, "droit dans ses bottes".

 

L’émergence de cet objet politique non identifié (OPNI) devrait pousser les journalistes politiques "classiques" à repenser leurs grilles de lecture et d’interprétation du jeu politique français. Pour la première fois, un parti politique a été créé dans la rencontre entre l’ambition d’un homme et l’aspiration spontanée de milliers de gens qui l’ont poussé à ne pas les laisser tomber suite à l’espoir qu’il avait suscité en eux.

 

C’est un "mouvement" venu d’une base multiple, spontanée, de gens qui ne voulaient plus rester des "sans voix", qui ont poussé François Bayrou à poursuivre cette démarche novatrice (Cf l’historique des commentaires en ligne sur le site bayrou.fr, qui pourraient en eux-mêmes faire l’objet d’une étude).

JPG - 39.6 ko
MoDemistes du 47 au Congrès de Villepinte

Les journalistes politiques devraient ainsi aller plus souvent sur les forums, les cafés démocrates, les réunions politiques du MoDem pour se rendre compte de ce que représente réellement le MoDem, se mettre un peu à l’écoute de cette frange de la société civile : pas seulement un parti créé pour porter François Bayrou au pouvoir en 2012, mais surtout un mouvement citoyen spontané.

 

A force d’analyses sur les calculs politiciens, et de poncifs comme celui du "désert", les journalistes politiques risquent de passer à côté de ce qui est au coeur de ce mouvement : une aspiration à un nouveau projet politique, à une nouvelle manière d’être ensemble en s’adaptant aux réalités et aspirations de notre époque. N’est ce pas l’essence de la politique ?

Publié dans REVUES DE PRESSE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article