Trois défis pour le Mouvement démocrate

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=33063
 par Zigomard   vendredi 14 décembre 2007


Au lendemain de son congrès fondateur, le Mouvement démocrate (MoDem) est confronté à trois défis: le défi des élections municipales de mars 2008 - avec une stratégie "à risque"-, le défi de la réactivité et le défi des médias. Par Damien Roets, maître de conférences des universités, membre du MoDem.

 

 

Au lendemain de son congrès fondateur, le Mouvement démocrate (MoDem) doit faire face à trois défis.

 

Le premier défi, le plus immédiat, est naturellement celui des élections municipales (et, dans une mesure moindre, cantonales) de mars 2008. Le MoDem doit, à l’occasion de cette consultation, acquérir une visibilité et une crédibilité dans le paysage politique français. Est-il besoin de préciser que nombre d’observateurs plus ou moins bien attentionnés - plutôt moins que plus... - attendent le jeune mouvement « au tournant » ? Des scores à deux chiffres, ou proches des deux chiffres, dans de nombreuses villes, grandes et moyennes, signeraient assurément un succès. Reste à savoir ce que fera(it) le MoDem de sa position d’arbitre dans ces villes. De ce point de vue, la stratégie d’alliances à géométrie variable du parti de François Bayrou, si elle est défendable dans l’abstrait, est peut-être une erreur. De nombreux électeurs ne comprennent pas, en effet, que le président du MoDem puisse à la fois être aussi critique sur le projet politique de l’actuel président de la République (récusation d’une conception bonapartiste de la démocratie, refus de l’argent roi, dénonciation des inégalités croissantes...) et envisager une alliance, dans certaines villes, avec des candidats de l’UMP qui, par hypothèse, soutiennent ce même président. Le pari, on l’aura compris, est celui d’avoir le plus grand nombre d’élus municipaux, mais, outre qu’il éloigne du MoDem nombre d’électeurs potentiels, il expose le mouvement au grief d’opportunisme - argument que ne manquent pas de brandir les nombreux adversaires de François Bayrou - et pourrait finalement produire l’effet inverse à celui recherché. N’est-il pas, par ailleurs, quelque peu naïf d’envisager d’aider l’UMP à conserver, voire conquérir, un certain nombre de communes, sachant que Nicolas Sarkozy ne manquera pas, au lendemain du second tour, de les inscrire à son actif ?! En réalité, la question se pose de savoir si, au-delà de l’intérêt à court terme de quelques sénateurs « UDF-MoDem », la bonne stratégie ne consisterait pas à arrêter, et à annoncer clairement avant le premier tour, une ligne de stricte indépendance induisant le refus de toute alliance. Bien entendu, d’aucuns ne manqueront pas, comme François Bayrou l’a fait dans son discours de clôture du congrès de Villepinte, d’arguer du caractère local des élections municipales. C’est cependant oublier, et de nombreuses études l’ont démontré par le passé, que, aux élections locales, les Français votent autant, sinon plus, en tenant compte des enjeux nationaux que des enjeux purement locaux.

 

 

Le deuxième défi est celui de la réactivité du MoDem. Si l’heure n’est pas encore à la présentation d’un projet de gouvernement, les « démocrates » doivent être en mesure de réagir aux thèmes d’actualité. Avec un président hyperactif, l’exercice n’est guère aisé il est vrai, mais, enfin, il y a quand même quelques-uns de ces thèmes qui s’imposent et sur lesquels un parti comme le MoDem ne peut pas ne pas avoir de position. On a certes, et heureusement, entendu François Bayrou sur la question des retraites, mais quelle est la position du MoDem sur la réforme de la carte judiciaire ? Quelle est la position du MoDem sur la recodification du droit du travail ? Quid des perspectives, ou de l’absence de perspectives, de règlement du conflit israélo-palestinien ? Pour l’heure, il serait assurément injuste de dénoncer le silence d’un mouvement qui vient tout juste d’adopter ses statuts et qui doit se structurer tout en préparant les élections municipales et cantonales à venir. Mais, dès les élections passées, il faudra rapidement corriger le tir. Un grand parti se doit de décliner son projet de société à l’aune des questions posées par l’actualité, d’une part en exprimant son point de vue, d’autre part, si besoin est, en faisant des propositions. Il faut ainsi espérer que le Conseil stratégique - au sein duquel pourraient être constituées des commissions thématiques - jouera pleinement son rôle de producteur d’analyses et d’idées et que, en plus de François Bayrou et de Marielle de Sarnez, quelques personnalités sauront être médiatiquement identifiées comme portant la parole du MoDem.

 

 

Le troisième défi est celui de la franche hostilité des grands médias. Il est bien évidemment capital, dans un système politico-médiatique où, qu’on le regrette ou non, il n’est point d’existence politique sans existence médiatique.

 

La façon dont le congrès fondateur du MoDem a été « couvert » par les médias est édifiante en ce qu’elle met en lumière les trois stratégies utilisées, consciemment ou non, pour décrédibiliser le MoDem. La première stratégie est une stratégie quantitative. Elle consiste à accorder peu de place au Mouvement démocrate, en se contentant d’un traitement minimaliste de l’information le concernant (peu ou pas de « unes », articles peu volumineux, sujets de courte ou très courte durée dans les journaux télévisés ou radiodiffusés...). La deuxième stratégie est une stratégie qualitative : c’est la stratégie du dénigrement. Elle peut notamment être illustrée par la façon condescendante dont certains journalistes posent leurs questions à François Bayrou ou à un autre dirigeant du jeune parti. Tout, dans le ton, dans le regard, dans la gestuelle du (de la) journaliste indique que, décidément, il ne faut pas prendre cet homme-là, ou cette femme-là, au sérieux (ce qui démontre que la seule approche temporelle de l’expression politique est insuffisante). La troisième stratégie, la plus grossière, est celle qui tend à relayer complaisamment la parole des anciens « amis » de François Bayrou, et cela en ne rappelant jamais le parcours de ceux-ci et en évitant soigneusement de permettre que leur soit apportée, sous une forme ou sous une autre, la contradiction.

 

Cette hostilité des grands médias, il ne faut pas se le cacher, est aujourd’hui le principal obstacle au développement du MoDem. Partant, la question qui se pose est de savoir quels moyens mettre en œuvre pour tenter de la réduire. Il est certes toujours possible d’espérer qu’un succès électoral (par exemple aux municipales...) contraigne ces grands médias à un minimum de respect et d’écoute, mais c’est sans doute se faire des illusions que de croire que l’actuel chef de l’Etat renoncerait, dans une telle configuration, à user de son influence pour tenter d’étouffer le MoDem. Plus efficace pourrait être l’arme du droit. En droit interne, le chemin est étroit, le CSA ayant depuis longtemps fait la preuve de sa très relative ardeur dans la défense du pluralisme (à sa décharge, il faut rappeler que ses prérogatives sont assez limitées). Le droit européen des droits de l’homme pourrait alors, peut-être, se révéler utile. Ainsi, outre que l’article 10, § 1, de la Convention européenne des droits de l’homme consacre le droit à la liberté d’expression et celui de communiquer et de recevoir des informations, l’article 3 du premier protocole additionnel consacre, lui, le droit à des élections libres. Il y a sans doute là une piste à explorer, étant rappelé que, une fois les voies de recours internes épuisées, une personne physique ou morale a le droit de saisir la Cour européenne des droits de l’homme aux fins de faire constater une violation de la Convention par un Etat partie - en l’occurrence, la France.

 

 

On le voit, pour le MoDem, les défis à relever, et les combats à mener, ne manquent pas. Il ne tient qu’à ses militants - et à ses dirigeants - d’œuvrer pour que demain soit un autre jour...

Publié dans REVUES DE PRESSE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article