Fonctionnaires : les syndicats hostiles à la garantie individuelle de salaire

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

http://www.lesechos.fr/info/france/4662586.htm?xtor=EPR-1000
[ 18/12/07  ] 

Une prime sera versée chaque année aux fonctionnaires ayant perdu du pouvoir d'achat, a annoncé Eric Woerth hier aux organisations syndicales. Faute de mesure générale, celles-ci pourraient acter aujourd'hui le principe d'une mobilisation.

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Entre 2001 et 2005, 10 % des agents de la fonction publique d'Etat ont vu leur traitement augmenter de 5,9 %, tandis que l'inflation atteignait 7,3 %.

En promettant le maintien du pouvoir d'achat pour chaque fonctionnaire, Eric Woerth a sorti de sa besace une mesure à la fois lisible politiquement et peu coûteuse pour l'Etat. Présenté aux syndicats hier, le principe de « garantie individuelle du pouvoir d'achat » est en effet ciblé, en premier lieu, sur les 17 % d'agents ayant perdu du pouvoir d'achat entre 2000 et 2005, soit, en majorité, des agents de plus de 50 ans ou peu qualifiés (catégorie C). Cette mesure, applicable aux trois fonctions publiques (Etat, hôpitaux, collectivités locales), a le mérite de la simplicité : un fonctionnaire qui a eu 1.000 euros de salaire en plus, sur quatre ans par exemple, alors que 1.200 euros auraient été nécessaires au maintien de son pouvoir d'achat (inflation), se verra verser une « bonification indiciaire » de 200 euros pour compenser la perte.

Rigueur financière

Seules les augmentations générales et les promotions seront prises en compte dans le calcul de leur évolution salariale, les primes et les heures supplémentaires étant considérées comme des compléments de rémunération. Pour réduire le coût du dispositif, le gouvernement fixera une période de référence de plusieurs années (quatre ans par exemple), ce qui limitera le nombre de fonctionnaires n'ayant eu aucune promotion au cours de cette période.

Le gouvernement devrait renouveler chaque année ce qu'il entend faire, au cours du premier semestre 2008, pour ceux ayant perdu du pouvoir d'achat entre 2003 et 2007. Une « commission d'évaluation de la garantie du pouvoir d'achat » se réunira une fois par an, au printemps, pour déterminer l'enveloppe nécessaire à ce rattrapage et l'inscrire en loi de Finances, à l'automne. Selon les premiers chiffrages, la mesure se limiterait à environ 300 millions par an. « Je suis ministre du Budget et je ne souhaite pas être schizophrène », a indiqué Eric Woerth, comme pour s'excuser de cette rigueur financière.

Le dispositif sera complété par des mesures générales et, notamment, une évolution du point d'indice, qui seront discutés courant janvier, a néanmoins promis le ministre. Qui compte bien utiliser l'argument de la garantie individuelle pour faire accepter une hausse limitée du point. La manoeuvre est habile : si Bercy avait agi sur la valeur du point pour rattraper le pouvoir d'achat de tous les agents, il aurait dû l'augmenter de 4 %, soit plus de 6 milliards d'euros. Or les économies générées par les 22.900 suppressions de postes prévues pour 2008 n'excéderont pas 250 millions d'euros.

« Tuer la culture d'entreprise »

La partie n'est pas gagnée pour autant. Les syndicats ont dénoncé une « stratégie d'individualisation » des salaires et regretté que les discussions sur le point d'indice - qui profite à tous - soient reportées à la mi-janvier. Ils ont prévu de se réunir ce soir pour discuter des suites à donner et acter, probablement, le principe d'une nouvelle mobilisation, sans la dater. « Ne pas faire d'augmentation collective, c'est tuer la culture d'entreprise », a indiqué Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, hier matin. « Nous sommes sur des mesures parcellaires et individualisées et il n'y a aucune mesure chiffrée », déplore Jean-Marc Canon (CGT), qui propose une grève « dès le mois de janvier » et a annoncé « suspendre sa participation à cette parodie de négociation ». « On nous donne de l'aspirine sans traiter les causes de la maladie », renchérit Gérard Aschieri (FSU). « Le gouvernement prône l'individualisation à outrance. C'est une usine à gaz », appuie la CFTC. Pour Elisabeth David (Unsa), enfin, le maintien du pouvoir d'achat des fonctionnaires « doit obligatoirement passer par une revalorisation du point d'indice. Seule cette mesure peut assurer l'égalité de traitement de tous les agents ».

LUCIE ROBEQUAIN

Publié dans REVUES DE PRESSE

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