Changement de logique pour les fonctionnaires

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4662725.htm?xtor=EPR-1000
DOMINIQUE SEUX -18/12/07 

Le film est presque aussi ancien que le cinéma en couleur... A la fin de chaque année, les syndicats expliquent que le pouvoir d'achat des fonctionnaires a beaucoup reculé, et ils exigent une augmentation générale des salaires. Le gouvernement rétorque que leur constat est faux, parce qu'il ne tient pas compte des hausses liées à des facteurs tels que l'évolution des carrières, l'ancienneté ou les primes. Et il propose de reparler de la question au début de l'année suivante, gagnant ainsi un peu de temps et d'argent. Furieuses, les organisations de fonctionnaires organisent alors la riposte et appellent à la mobilisation, parfois à la grève.

Cette année, Eric Woerth, le ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, a décidé de modifier un peu le scénario. Afin de départager les points de vue - un pouvoir d'achat en baisse de 7 % depuis 2000 pour les syndicats, en hausse de 2,1 % par an pour Bercy... -, il a d'abord demandé à l'Insee d'établir un constat original sur l'évolution non plus du salaire moyen, mais des situations individuelles. Le résultat est intéressant : 80 % environ des agents de l'Etat ont vu leur pouvoir d'achat progresser ces dernières années, tandis qu'il a reculé pour environ 20 % d'entre eux. Les perdants sont tous ceux dont le revenu dépend quasi exclusivement du fameux point d'indice.

A partir de ce diagnostic, le gouvernement a pris une décision simple et facile à comprendre : pour le passé, remettre à niveau, à l'euro près, les fonctionnaires dont le revenu a progressé moins vite que les prix ; pour l'avenir, mettre en place un filet de sécurité pour qu'aucun d'entre eux ne voie son niveau de vie reculer en valeur réelle.

Cette stratégie est astucieuse. Eric Woerth tente d'éviter l'obstacle, qui a fait trébucher la plupart de ses prédécesseurs par un donnant-donnant. D'un côté, l'Etat, les collectivités locales et les hôpitaux mettent la main à la poche pour des centaines de milliers de salariés qui bénéficient d'un « rattrapage », une garantie qui n'existe pas dans les entreprises. De l'autre, et en contrepartie, l'augmentation générale applicable indifféremment aux 5 millions de fonctionnaires ne constitue plus l'alpha et l'oméga de la mesure du pouvoir d'achat.

L'autre message envoyé va dans le même sens, celui du cas par cas et de l'individualisation. En renvoyant une fois de plus une augmentation générale (la dernière remonte à février) à l'an prochain, le gouvernement avertit clairement les fonctionnaires que l'évolution de leur rémunération dépendra de plus en plus de leurs propres choix, qu'il s'agisse des heures supplémentaires, du rachat des RTT, des résultats de leur administration ou de leur propre performance.

Les syndicats, sans surprise, prévoieront dès aujourd'hui sans doute une journée d'action début 2008. Ils auront beau jeu de souligner que l'Etat serait plus crédible s'il commençait par payer les millions d'heures sup non payées et stockées, par exemple dans les hôpitaux. Ils n'auront pas tort de s'inquiéter pour les moins qualifiés, dont les gains de pouvoir d'achat risquent de demeurer limités. Mais la situation des finances publiques leur interdit de négliger la promesse-piège faite par Nicolas Sarkozy : la moitié des économies découlant de la baisse des effectifs sera redistribuée aux fonctionnaires.






 

Publié dans REVUES DE PRESSE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article