François Bayrou: trois réflexions sur l'Afghanistan

Publié le par MODEM MARNE & CHANTEREINE - CHELLES

La décision de dépêcher 1000 hommes supplémentaires en Afghanistan, qui a été annoncée (de manière provocatrice et désinvolte) devant les parlementaires britanniques, mérite trois réflexions. Première réflexion : si cette décision est une réponse au devoir d'assistance qui lie des partenaires au sein d'une alliance dès lors qu'ils ont entrepris ensemble une action militaire, autorisée par les instances internationales, et qui met certains d'entre eux en difficulté, elle n'est pas illégitime. Chacun sait que depuis des mois, l'armée canadienne, en particulier, se trouve chargée d'une lourde responsabilité, dans le sud de l'Afghanistan, dans les provinces limitrophes du Pakistan, et qu'elle appelle ses alliés a partager une partie de sa charge. C'est ainsi que le chiffre de 1000 hommes d'appui ou de soutien a été depuis longtemps articulé par les autorités canadiennes, qui ont fait de ce renfort la condition même pour leur maintien dans le dispositif de l'IFAS au-delà de 2009. Souhaiter répondre à cet appel angoissé, c'est légitime. Un millier de soldats français à l'Est, cela permettra à un millier de soldats américains de soutenir leurs camarades canadiens au Sud. Il s'agit d'une opération internationale, conduite dans sa deuxième partie par l'OTAN, après approbation de l'ONU, conforme au droit international, qui s'attaque de fait à deux grands fléaux le fanatisme terroriste et violent, et le trafic de drogue. Si le front mis en place cédait, en effet, cela serait dramatique pour toute une partie du monde et l'écho, n'en doutons pas, en serait ressenti jusqu'à chez nous. Il y a bien sûr une condition, c'est d'inclure ce geste de solidarité dans un plan d'autonomisation de l'Afghanistan, de son pouvoir souverain, de sa police interne, de son armée, de sorte que soit évité, autant que possible, le risque d'enlisement du conflit dans une partie du monde où les précédents militaires sont édifiants !

Deuxième réflexion : mais si cette décision est pensée dans un autre cadre, comme prélude et gage au retour de la France dans l’organisation intégrée de l’OTAN, alors il s’agit de tout autre chose. Bien des déclarations ont été énoncées depuis la mise en place du nouveau gouvernement, indiquant, je cite le ministre de la défense, « qu’il fallait cesser de barguigner » et dare-dare reprendre dans l’organisation intégrée du traité de l’Atlantique nord, la place de dépendance dont la volonté du général de Gaulle nous avait sortis pour donner à la France le signe visible de son indépendance. Ceci est un grand sujet de préoccupation : nous avons eu à nous inquiéter encore récemment lorsque fut annoncé l’installation sur le détroit d’Ormuz, à Abou Dhabi, d’une base militaire interarmes, à quelques dizaines de miles marins de l’Iran. Ceci engage le destin de la nation, et le destin de l’Europe. L’indépendance de la France, c’est la garantie de l’indépendance de l’Europe. Bien entendu, tout le monde nous engage à retrouver notre place dans l’OTAN intégrée. Bien entendu, tout le monde, des forces considérables, plaident pour que nous renoncions à l’alliance libre pour entrer dans l’alliance contrainte. Raison de plus pour défendre au contraire la vocation d’indépendance dont la France a besoin, dont l’Europe a besoin, sinon son alignement est accompli. L’indépendance de la France, la France en a besoin, l’Europe en a besoin, et nous croyons que le monde a besoin, comme on l’a vu au moment de la guerre en Irak.

Dernière réflexion. Dans les circonstances budgétaires que l’on nous annonce, et auxquelles les décisions de gestion du gouvernement prises dès le début de son mandat, nous contraignent plus que jamais, il ne sera pas possible de maintenir des hommes sur des théâtres d’opération aussi divers que le Kosovo (2000 femmes et hommes), la Côte d’Ivoire (2400), le Liban (1500), le Tchad (1100), bientôt le Darfour (2000), le détroit d’Ormuz (au moins 500), et l’Afghanistan (2900) ! Un homme sur le terrain en raison de la règle des trois tiers, service, préparation, repos, oblige à la mobilisation de trois hommes. Ce sont donc si je compte bien presque 40 000 personnels de nos armées qui sont ainsi requis, avec les questions de logistique, d’équipement, d’armement qui se posent et qui suscitent vous le savez, dans leurs rangs, bien des débats. La multiplication de ces interventions n’a jamais été à portée des armes de la France, et en tout cas ne le sera pas dans l’avenir. Il y a comme un divorce entre ces interventions tous azimuts et les moyens qui sont ceux de notre armée. Ce divorce posera des problèmes considérables.

Publié dans MOUVEMENT DEMOCRATE

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