Le « low cost », un levier pour le pouvoir d'achat des Français

Publié le par Le.vent.qui.souffle.sur.Chelles

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4659868.htm?xtor=EPR-1000
12/12/07  ]


Le pouvoir d'achat est aujourd'hui la première préoccupation des Français, surpassant même la question du chômage. Cette situation inédite résulte non seulement d'un contexte économique marqué par la faible progression des revenus et l'envolée des prix de certains produits de base, mais également par un profond changement dans notre structure de consommation. Avec les hautes technologies, de nouvelles dépenses « contraintes » - abonnement à la téléphonie mobile et à Internet, écrans plats, lecteurs MP3... - sont venues s'ajouter aux traditionnelles et incompressibles dépenses de logement et d'alimentation.

Comment redonner aujourd'hui durablement du pouvoir d'achat aux Français, sans tomber dans les mesures de court terme, aux effets à la fois transitoires et illusoires ? Une première piste consiste à renforcer l'incitation au travail, à l'image des exonérations fiscales sur les heures supplémentaires. Une seconde voie vise à faire baisser durablement les prix à la consommation, soit en injectant de la concurrence là où des rentes perdurent, soit en développant les activités « low cost », soit en agissant sur les deux fronts.

Initié avec succès dans le transport aérien, le « low cost » est susceptible de se développer aujourd'hui dans tous les secteurs de l'économie : de la coiffure à la voiture, en passant par la banque, la maison, l'alimentation, la téléphonie mobile... Le « low cost » constitue un modèle économique à part entière, fondé sur la simplification du produit et des services qui l'entourent. Son essor est aujourd'hui favorisé par l'usage d'Internet, qui permet de diminuer les coûts de distribution, par la globalisation des économies, qui permet d'importer des produits moins chers, mais également par un comportement plus averti des consommateurs, prêts à accepter des produits plus simples mais de bonne qualité, en échange d'une baisse du prix.

Le « low cost » constitue à l'évidence une bonne nouvelle pour tous les consommateurs : il permet de fortes baisses de prix, parfois même spectaculaires comme dans le cas du transport aérien ; pour certains ménages, il ouvre l'accès à une consommation restée jusqu'ici inaccessible. Les esprits chagrins objecteront que la baisse des prix se paye en diminution de la qualité, de la sécurité et de la variété. Cette vision des choses est erronée. Ainsi, dans l'alimentaire, la sécurité des produits relève de normes et standards qu'il est difficile et peu rentable de contourner. Dans le transport aérien, les « low cost » ne sont pas plus dangereuses que les compagnies historiques et souffrent d'un regrettable amalgame avec les charters. Le « low cost » n'est pas non plus l'ennemi de la variété : il permet au contraire d'accroître l'éventail de l'offre disponible pour les consommateurs, qui deviennent plus libres de leurs choix. Il est vrai que le « low cost » conduit parfois à diminuer le niveau du service qui accompagne le bien, mais c'est oublier que cette simplification est souvent plébiscitée par les consommateurs eux-mêmes.

Pourtant, si le « low cost » constitue une réelle opportunité pour le pouvoir d'achat, force est de constater que ce modèle économique accuse un retard évident en France : à titre d'exemple, comparé à l'Allemagne, le hard-discount alimentaire reste peu développé dans notre pays, tout comme le « low cost » aérien. Quant aux opérateurs de téléphonie mobile à bas coûts, leur part de marché stagne à 4 % et ils restent cantonnés à des marchés de niche.

Ce retard français s'explique d'abord par la présence d'une myriade de réglementations aux effets restrictifs. Dans le domaine alimentaire, les lois sur l'urbanisme commercial constituent un frein important à l'implantation du hard-discount et à la concurrence entre enseignes, au profit des entreprises installées. Dans l'aérien, le système d'attribution des créneaux de décollage, tel que défini par Bruxelles, ne favorise pas le développement des compagnies « low cost » au départ d'aéroports comme Orly. Plusieurs solutions sont à envisager comme une meilleure gestion de la pénurie de créneaux et le développement de terminaux « low cost ». Dans la téléphonie mobile, les conditions d'accès des opérateurs virtuels au marché de gros ne permettent pas une concurrence frontale avec les opérateurs installés. Plus fondamentalement, le « low cost » ne pourra pas prendre son envol en France tant que la concurrence et l'entrée de nouveaux acteurs ne seront pas stimulées. Il est temps notamment, au nom du pouvoir d'achat, de redéfinir les contours de certains monopoles légaux : par exemple, la place indispensable du pharmacien comme conseil ne justifie pas pour autant son monopole sur la vente de produits sans ordonnance.

La levée des contraintes pesant sur l'offre n'est qu'une étape dans la mise en place de plus de concurrence. Internet constituant le principal canal de développement du modèle économique « low cost », il est vital que le consommateur ait un accès simplifié à l'information sur les prix et sur le contenu exact des contrats. En effet, information et mobilité du consommateur s'affichent comme les conditions sine qua non à l'essor du « low cost » par la réduction des coûts de transfert, renforçant ainsi la capacité à changer rapidement d'opérateur.

L'économie du « low cost » nécessite un cadre réglementaire simple pour garantir son essor : non pas des règles aliénant la liberté de choix des consommateurs ou pénalisant le développement des nouveaux opérateurs, mais des règles du jeu qui définissent clairement les responsabilités de chacun.

CHARLES BEIGBEDER, est PDG de Poweo, rapporteur de la mission « Low Cost ». EMMANUEL COMBE est professeur à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne

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Publié dans REVUES DE PRESSE

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