Virtualisation : de nouvelles opportunités pour les entreprises - René-Yves Labranche, DSI de la mairie de Chelles.
La donne a changé sur le marché de la virtualisation. Leader incontesté du secteur depuis cinq ans, VMware doit aujourd'hui faire face à la concurrence, incarnée par quelques acteurs de poids : Oracle, Sun, et Microsoft, qui ont chacun annoncé l'arrivée prochaine de leur propre hyperviseur, cette couche d'abstraction qui permet de faire tourner plusieurs OS sur un serveur unique.
Au total, ce sont au moins sept hyperviseurs qui viendront remplir le rayon virtualisation en 2008 : Oracle VM, Virtual Iron, Sun xVM, Citrix/Xen, Microsoft Hyper-V, Virtuozzo et Thinsy. Une évolution que les clients attendaient depuis longtemps - VMware ne pouvant espérer reste seul sur un secteur aussi lucratif, avec une solution propriétaire réputée mais chère.
Mais pour les spécialistes du secteur, l'arrivée de la concurrence apporte aussi son lot de pièges. « J'ai l'impression de vivre avec Xen ce qui s'est passé avec Unix il y a quelques dizaines d'années : tout le monde veut faire de la virtualisation, mais à sa sauce, c'est du coup la porte ouverte à du spécifique déguisé, que nous clients, nous ne sommes plus prêts à accepter » estime Olivier Parcollet, chef de projet pour la société de transports orléanaise Setao.
Autre danger : « choisir un hyperviseur qui figerait le système d'informations ou qui finalement serait arrêté par son éditeur », remarque René-Yves Labranche, DSI de la mairie de Chelles. Cette municipalité a récemment déployé une infrastructure virtuelle à base de VMware ESX . Pour l'instant, elle ne se risquerait pas à changer.
Xen : base commune des nouveaux arrivants
Contrairement à VMware, la plupart des hyperviseurs concurrents ont une caractéristique commune : ils sont basés sur le noyau Open Source Xen. Une caractéristique non négligeable pour certains clients, qui ne considèrent pas encore les plates-formes issues de Xen suffisamment matures.
Car Xen ne dispose pas encore de fonctionnalités et d'un écosystème aussi riche que celui de VMware. « Par exemple, dans le cadre de la réalisation de notre PRA pour 2008, nous allons utiliser la fonction "Haute Disponibilité" de VMware permettant la migration ou la reprise de fonctionnement d'une machine virtuelle sur un autre serveur physique à la volée. Cette fonction est encore indisponible en standard avec Xen, y compris en faisant de l'équilibrage de charge à l'aide d'un cluster Linux », poursuit Olivier Parcollet. Tout en déployant du VMware dans son infrastructure, il a mené des tests avec Xen.
Pour tirer leur épingle du jeu, il est très probable que les différents hyperviseurs se spécialisent et ciblent une application ou un type de projet particulier : plan de reprise d'activité, haute disponibilité, poste de travail,
Des hyperviseurs plus spécialisés
Cette tendance est déjà en marche. Oracle va ainsi se cantonner à l'intégration et au support de sa base de données en environnement virtuel. Mais là encore, le débat fait rage. Si Oracle avance que son hyperviseur est trois fois plus performant que l'ESX de VMware, ce dernier répond que sa solution est plus efficace avec les bases Oracle, notamment sur les entrées/sortie, la mémoire et la fiabilité.
De plus, Oracle ne parle pour l'instant que de produits tournant sur Linux, ce qui pénalise les nombreuses entreprises qui fonctionnent avec Windows.
Pour sa part, Sun a décidé de proposer un hyperviseur spécialisé... pour ses propres produits. Le xVM est ainsi expressément dédié à l'écosystème Sun, pour notamment accompagner son populaire Solaris. L'objectif reste probablement pour la société de détenir une « super couche » qui lui permet de fédérer toute sa gamme de matériel.
Attention à la gestion du stockage
La capacité de ces hyperviseurs à gérer l'environnement de stockage est aussi à prendre en compte. Robert Cunillera, directeur entreprise de la SSII SCC, en donne un exemple : « VMware gère des serveurs et des postes virtualisés qui ont chacun leurs fichiers images virtuelles de la machine physique. Si le parc est de 500 serveurs virtuels, il y aura 500 fichiers images, ce qui induit des besoins importants en stockage. »
Citrix, de son côté, utilise une image master virtualisée en intégrant le même noyau pour l'ensemble, réduisant ainsi les besoins.
Quant à Virtual Iron, il clame à tout va qu'il est mieux doté pour la gestion du stockage en environnement virtuel, grâce à ses fonctionnalités d'allocation de stockage à la demande, de snapshots à chaud, et de reprise d'activité.
Par Kareen Frascaria, ZDNet France