Eric Woerth veut garantir le pouvoir d'achat des fonctionnaires "individuellement"
[ 17/12/07 - 09H58 - actualisé à 15:35:00
Le ministre du Budget et de la Fonction publique s'était prononcé ce matin contre une "augmentation anonyme". Il a dévoilé un dispositif de "garantie individuelle de pouvoir d'achat". Les syndicats sont déçus
S'exprimant à l'issue de la première séance consacrée aux négociations sur les salaires des fonctionnaires, le ministre du Budget et de la Fonction publique, Eric Woerth, qui s'était prononcé tôt dans la matinée, sur les ondes, contre "une augmentation générale" des rémunérations dans la fonction publique, a présenté à la presse un dispositif qualifié de "novateur" de "garantie individuelle du pouvoir d'achat". Le mécanisme, a estimé le ministre, doit permettre de "corriger la situation des agents ayant perdu du pouvoir d'achat sur leur traitement".
Eric Woerth a précisé que des "discussions" s'engageraient avec les organisations syndicales "la deuxième quinzaine de janvier, voire fin janvier" sur l'augmentation du point d'indice (base de calcul des traitements dans la fonction publique). "J'ai proposé un mécanisme extrêmement novateur de garantie individuelle du pouvoir d'achat" visant à "encadrer l'évolution salariale des fonctionnaires", a expliqué M. Woerth, évaluant à "plusieurs centaines de millions d'euros" ce dispositif pour les trois fonctions publiques (Etat, collectivités, hôpitaux). "L'idée de base (du nouveau mécanisme, ndlr) est simple: aucune personne ne peut travailler pour l'Etat et en même temps perdre de l'argent", a ajouté le ministre. "Plutôt que de raisonner en moyenne, je veux raisonner en cas individuel", a-t-il martelé.
Le ministre a souligné que 17% des agents avaient vu leur traitement indiciaire progresser moins vite que l'inflation malgré leur ancienneté et les revalorisations du point d'indice entre 2001 et 2005. Avec le nouveau mécanisme, une "bonification indiciaire" ou "prime" permettra de "couvrir l'écart entre l'évolution du traitement et celle de l'inflation", selon M. Woerth.
Le dispositif entrera en vigueur dès 2008 et "pour le quinquennat". M. Woerth s'est dit prêt "à regarder ce qu'on peut faire dans le domaine du rattrapage du pouvoir d'achat entre 2003 et 2007".
De leur côté, les organisations syndicales ont exprimé leur déception. "Le gouvernement reste sourd aux revendications, on est sur des mesures parcellaires et individualisées et il n'y a aucune mesure chiffrée", a déploré Jean-Marc Canon (CGT), souhaitant une "nouvelle intervention forte des salariés dès le mois de janvier".
"Personne n'est satisfait, on n'a pas engagé de négociations", a résumé pour sa part Gérard Aschieri (FSU), ajoutant : "on nous donne de l'aspirine sans traiter les causes de la maladie". Eric Fritsch (CFDT) s'est dit "déçu par la nature et le niveau des propositions", demandant des "compléments d'information". Le gouvernement "veut réduire à néant tout le processus de la fonction publique de carrière et arriver à une gestion totalement individualisée", a déclaré Gérard Noguès (FO), tandis qu'Elisabeth David (Unsa) a fait part de sa "grande déception".
Avant même le début des négociations, le ministre n'avait pas caché sa disposition d'esprit. Interrogé sur France 2 sur une éventuelle "augmentation générale" Eric Woerth avait répondu : "Non (...), l'augmentation générale c'est une augmentation anonyme, et il y a beaucoup (...) de fonctionnaires, 75% qui ont bénéficié à un titre ou à un autre d'augmentations qui ont été très au-delà du chiffre de l'inflation". "L'Insee nous dit que 24% des fonctionnaires ont perdu du pouvoir d'achat sur les six dernières années et 75% des fonctionnaires ont gagné du pouvoir d'achat, voire gagné très au-delà de la moyenne", avait-il indiqué. "Il faut regarder ceux qui ont perdu, garantir tout cela dans un mécanisme -sur lequel il faut qu'on se mette d'accord avec les organisations syndicales- très transparent qui fasse qu'aucun fonctionnaire ne perde de pouvoir d'achat", selon lui. "Et on doit discuter aussi des mesures catégorielles, des heures supplémentaires, du rachat des comptes épargne temps, de la rémunération au mérite", avait affirmé le ministre. (source AFP)