Une "divine surprise"
Paris s'embrase, mais il n'en croit pas ses yeux. Un peu partout les barricades se dressent, et Jean-Claude Milner tombe des nues. En ces jours de mai 1968, il est pourtant aux premières loges, lui qui habite au cœur du Quartier latin. Mais rien n'y fait : le grammairien de 27 ans assiste à l'insurrection en spectateur dégagé.
Deux raisons expliquent sa perplexité. D'abord, Milner revient des Etats-Unis, où il a été impressionné par les mobilisations contre la guerre du Vietnam, et il est rentré en France avec la certitude que plus rien d'intéressant ne pouvait s'y passer. Ensuite, ce militant maoïste croit si fort à la révolution prolétarienne qu'il est incapable de prendre au sérieux la rébellion des étudiants, leurs revendications libertaires, féministes, bref "petites-bourgeoises", voire réactionnaires... "Je raisonnais de la façon marxiste-léniniste la plus sotte, et j'ai vécu Mai 68 comme une contradiction directe avec tout ce que je pensais", constate Milner aujourd'hui.