Le décalage s'accroît entre la mesure du pouvoir d'achat et son ressenti
[30/11/07]
Le pouvoir d'achat des ménages aura progressé cette année de 3,2 % par rapport à l'an dernier, prévoit l'Insee (+ 2,8 % selon le ministère des Finances). Une hausse jamais enregistrée depuis 2002. Et pourtant, toutes les enquêtes d'opinion soulignent l'insatisfaction des Français : seuls 8 % d'entre eux jugent que leur pouvoir d'achat a augmenté entre septembre 2006 et 2007 (enquête TNS Sofres commandée par Bercy). Plusieurs facteurs expliquent cette divergence.
La prévision de l'Insee correspond à une mesure macroéconomique globale, qui intègre notamment la croissance démographique. En réalité, le pouvoir d'achat par ménage n'a progressé que de 0,8 % l'an dernier, un rythme trois fois moins rapide que le pouvoir d'achat global. En évolution par unité de consommation (qui colle au plus près de la composition des ménages), la progression est encore souvent inférieure d'environ 1 point à la mesure globale.
L'attention des consommateurs se fixe sur les produits achetés le plus fréquemment. Or ceux-ci ont subi de fortes hausses ces derniers mois, à l'instar du carburant (+8,2 % sur un an), des loyers (+3,2 %) ou du tabac (+6,2 %). Toujours critiques sur les effets du passage à l'euro, les ménages comparent encore les prix en euros d'aujourd'hui à ceux des francs... de 2001. Or, en six ans, l'inflation a approché 10 %. La flambée des prix de l'immobilier depuis dix ans et le développement de la téléphonie mobile ont aussi accru la part des dépenses dites « contraintes », sans compter la part du budget consacrée à des produits aujourd'hui jugés indispensables (téléviseurs, informatique...). Les préoccupations fortes sur le pouvoir d'achat n'ont d'ailleurs pas empêché les Français de consommer massivement ces dernières années (tout en conservant un niveau d'épargne élevé), assurant ainsi un socle de croissance.
Le pouvoir d'achat progresse globalement mais tous les revenus ne sont pas logés à la même enseigne. Entre 1998 et 2005, les salaires ont progressé de 5,3 %, les revenus fonciers de 16,2 % et les revenus des capitaux mobiliers de 30,7 %, a retracé l'économiste Camille Landais. Or les revenus non salariaux sont plus souvent perçus par les ménages aisés, qui ont donc vu leur pouvoir d'achat progresser plus vite que celui des employés ou des professions intermédiaires.
La précarisation de l'emploi depuis trente ans ou la « décohabitation » accélérée des ménages (par les divorces) entraînent un appauvrissement réel des ménages. Comme l'explique aussi l'économiste Robert Rochefort, il faut souvent plusieurs années successives de hausse du niveau de vie pour que celle-ci soit intégrée par les ménages.