Pouvoir d'achat : le chef de l'Etat a arrêté une large palette de mesures ciblées
[ 29/11/07 ]
Nicolas Sarkozy intervient ce soir à la télévision avec l'intention de répondre « à l'angoissante question du pouvoir d'achat, de la croissance et de l'emploi ». Il veut agir sur tous les tableaux de la vie quotidienne. L'Elysée et Matignon ont travaillé sur la fixation des loyers.
Le Père Noël se fait désirer. Jusqu'à hier en fin de journée, l'Elysée a entretenu le doute sur l'intervention télévisée du chef de l'Etat. Il s'exprimera bien, comme prévu, ce soir, sur le niveau de vie des Français, devenu leur première préoccupation depuis la décrue du chômage. C'est la conséquence de la hausse des prix de l'énergie et des loyers. Nicolas Sarkozy avait annoncé, mardi 20 novembre, son intention de répondre « à l'angoissante question du pouvoir d'achat, de la croissance et de l'emploi ». Sa prise de parole avait d'abord été envisagée pour le jeudi 22, avant d'être repoussée en raison de la poursuite de la grève des transports, qui aurait brouillé le message, puis du voyage en Chine.
De retour à Paris hier matin, le chef de l'Etat s'est aussitôt trouvé aux prises avec une autre urgence, celle de la flambée de violence intervenue à Villiers-le-Bel, en région parisienne (lire page 2). Et ce n'est qu'en fin d'après-midi, hier, qu'il a tranché sur le moment et la forme de son intervention. A l'approche des fêtes de fin d'année, Nicolas Sarkozy estime opportun d'apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des Français.
L'Elysée a arrêté un large éventail de mesures ciblées. « L'idée, explique un conseiller du pouvoir, n'est pas de sortir une ou deux mesures spectaculaires mais d'agir sur tous les tableaux. » Avec pour ligne directrice de ne peser ni sur les finances publiques ni sur les résultats des entreprises. Pas question de distribuer du revenu à crédit.
Les gains de pouvoir d'achat, répète le Premier ministre, François Fillon, ne peuvent venir que d'un surcroît d'activité - comme avec la réforme des heures supplémentaires, qui pourrait être amplifiée - ou d'un meilleur jeu de la concurrence : c'est l'objet de la loi « Chatel » sur la consommation. Adopté par les députés dans la nuit de mardi, ce texte doit faire baisser les prix dans la grande distribution, les services Internet et la téléphonie, mais une série de mesures extrêmement complexes l'ont rendu assez illisible. Le chef de l'Etat devrait en vanter les éléments grand public, comme la plus grande facilité de résiliation des abonnements auprès des opérateurs mobiles, ou la gratuité des temps d'attente pour les appels passés depuis les portables.
Mais, comme les députés UMP (« Les Echos » du 23 novembre), l'exécutif estime qu'il faut aller plus loin que la loi Chatel. L'Elysée et Matignon ont examiné une nouvelle réforme du mode de fixation des loyers, afin de les indexer non plus sur un obscur indice encore largement assis sur le coût de la construction, mais sur celui du coût de la vie. En revanche, il n'y aura pas de blocage de prix, pas même pour celui du gaz. « Nous n'allons pas revenir à l'économie administrée », relève un conseiller.
Les annonces présidentielles doivent aussi comporter un volet sur les « revenus ». Ministre de l'Economie en 2004, Nicolas Sarkozy avait débloqué la réserve de participation à hauteur de 10.000 euros. Mais les deux tiers avaient été réépargnés. Et cela laisserait de côté les salariés des PME. Ses réponses devront, en tout cas, être à la hauteur d'une attente qu'il a lui-même contribué à dramatiser. Cela quels qu'en soient les fondements économiques. Bien sûr, l'inflation a atteint 2 % en rythme annuel en octobre et la consommation des produits manufacturés a nettement fléchi depuis la rentrée. Mais l'Insee tablait encore, en octobre, sur une hausse de 4 % en rythme annuel du pouvoir d'achat des ménages au second semestre 2007. Et les quelque 10 milliards d'euros de baisses d'impôts votées cet été doivent finir d'entrer en vigueur début 2008.