Modem et Parti démocrate italien, deux expériences de fondation
"La vague de renouveau démocrate (et non de gauche, de centre ou libérale) a commencé en Europe de l’Ouest avec ces deux partis. Nous devons apprendre à nous appuyer les uns sur les autres en reprenant les meilleures pratiques démocratiques développées ici ou là."
http://quindi.typepad.com/log/2007/11/quindi-deux-con.html - 23 novembre 2007
Tout d'abord, le MoDem a choisi de réunir ses adhérents pour le congrès fondateur en un même lieu. A l'inverse, le PD avait choisi de n'avoir que des représentants élus à son congrès.
La première nuance étant que le PD a constitué un véritable "parlement de représentants" de ses sympathisants tandis que le MoDem ne réunira qu'une portion de ses adhérents (jusqu'à 10% présents et 20% représentés si chacun amène une procuration, ce qui est peu probable).
La deuxième nuance de taille étant la participation de sympathisants lors du congrès PD et non d'adhérents comme au congrès du MoDem.
Pour obtenir ce "parlement de représentants" lors de son congrès, le PD a ouvert, le 14 octobre dernier, toutes ses permanences (et les espaces de vie tenus par des militants) au public italien (et les étrangers en situation régulière). Le vote était double: un vote via des listes pour le bureau national du PD (dont le secrétaire général) et un vote via des listes pour le bureau régional du PD. Pour chacun de ces deux votes, 8 listes se présentaient sur chaque bulletin. Pour le poste de secrétaire général du PD: 5 candidats (Romano Prodi étant d'office désigné président du parti, rôle symbolique et non exécutif). Résultats: une participation de 3,55 millions de résidents qui ont élu le nouveau secrétaire général (76% des voix), le bureau politique (les membres de la liste nationale élue) et 2853 représentants régionaux (formant la hiérarchie locale du parti et les représentants pour le "parlement" du congrès fondateur).
La légitimité démocratique du secrétaire général du PD, du bureau politique et des représentants régionaux est ainsi incontestable. Il en va de même pour leur légitimité en tant que candidats naturels lors des futures échéances électorales. Les débats sur l'organisation interne du nouveau parti ont tous eu lieu pendant la campagne électorale et les décisions doivent maintenant être prises par les représentants des listes élues. L'élection et les débats qu'elle a suscités ont aussi cimenté l'existence politique de ce nouveau parti dans la sphère politique italienne et l'ont permis d'expliquer clairement son positionnement idéologique.
Cette approche est louable. Elle mérite d'autant plus d'admiration que cette forme de vote des sympathisants est nouvelle. Elle n'avait été testée précédemment (sous une formule quelque peu différente) qu'à une seule occasion: le vote en 2005 par les sympathisants de tous les partis du centre et de la gauche italienne pour le candidat (de la coalition électorale unie de l'Unione) à la présidence du conseil de 2006. Renouer avec cette approche pour une élection interne à un parti a demandé beaucoup de courage politique.
Le MoDem a fait un choix différent, celui d'un congrès dans la tradition politique française, un choix classique: sans faire appel à la masse de ses sympathisants (pouvant approximativement atteindre jusqu'à 20% de la population), sans faire appel à internet ou au vote par correspondance (ce qui aurait permis de faire participer tous ses adhérents) et en se repliant sur un système archaïque de la procuration unique par adhérent. Le vote se fera donc uniquement pour le président du parti et non pour les représentants territoriaux, candidats naturels aux élections (relançant ainsi le débat systématique sur les primaires ou la désignation à chaque échéance).
Alors bien sur, le comparatif n'est pas aussi simple et il y a de bonnes raisons derrière ces choix différents. En voici quatre:
- le PD est la fusion de huit partis dont deux des principaux partis italiens (parmi les 78 partis nationaux et 26 partis régionaux...) tandis que le MoDem est la construction d'une nouvelle entité constituée d'un parti de taille moyenne, d'un petit parti et d'une masse non organisée de nouveaux adhérents. Leurs moyens ne sont pas les mêmes.
- les deux principaux partis constitutifs du PD (DS et Margherita) ont des forces militantes historiques par rapport à la majorité des adhérents MoDem qui n'ont qu'une force limitée sur le terrain (celle héritée de l'UDF). L'organisation d'un scrutin national est forcément beaucoup plus facile en Italie.
- Les finances des partis constitutifs du PD, qui sont déjà au pouvoir sous la forme d'une coalition large dirigée par Romano Prodi (allant de l'extrême gauche aux chrétiens démocrates) sont meilleures (et de loin) de celles du MoDem qui penne à se remettre financièrement des dernières échéances électorales.
- Le projet PD a été a gestation lente. Il a démarré en 2003 mais découlait déjà d'une première coalition (l'Ulivo) qui avait été au pouvoir en Italie entre 1996 et 2001. Le MoDem est né de la détermination de François Bayrou à ne pas voir disparaître l'élan électoral de la présidentielle de 2007. L'historique, l'expérience et le recul qu'ont les dirigeants de ces deux forces politiques ne sont pas les mêmes. Ils excusent en grande partie le manque d'organisation du MoDem
Quindi... La vague de renouveau démocrate (et non de gauche, de centre ou libérale) a commencé en Europe de l'Ouest avec ces deux partis. Nous devons apprendre à nous appuyer les uns sur les autres en reprenant les meilleures pratiques démocratiques développées ici ou là. C'est ce qui nous permettra de créer un effet boule de neige à l'échelle nationale mais aussi à l'échelle européenne.